Courbet, plage d’Etretat, 19ème siècle.

Guy de Maupassant. Etretat, septembre 1886

« En ce moment, je vis, moi, dans la peinture à la façon des poissons dans l’eau. Comme cela étonnerait la plupart des hommes que de savoir ce qu’est pour nous la couleur, et de pénétrer la joie profonde qu’elle donne à ceux qui ont des yeux pour voir ! Vrai, je ne vis que par les yeux ; je vais, du matin au soir, par les plaines et par les bois, par les rochers et par les ajoncs, cherchant les tons vrais, les nuances inobservées, tout ce que l’école, tout ce que l’appris, tout  de connaître et de pénétrer. Mes yeux ouverts, à la façon d’une bouche affamée, dévorent la terre et le ciel. Oui, j’ai la sensation nette et profonde de manger le monde avec mon regard, et de digérer les couleurs comme on digère les viandes et les fruits. »

Maupassant a rencontré Courbet à Etretat. En effet, à la fin du XIXème siècle, cet endroit est convoité par les chasseurs de lumières tel Monet, Corot ou encore Courbet. Ce dernier s’y installe d’ailleurs durant l’été 1869. Sa maison, attachée à une falaise, donne directement sur le bord de mer. Cet endroit va l’inspirer pour nombre de ses toiles durant cette période.

La delicate petite marine qui m’a été confiée représente une plage près d’Etretat. Son expertise  a confirmé la main du maître. Elle est signée mais non datée.

Cette œuvre a été vendue par Courbet vers 1875 à un industriel Parisien. Depuis, elle réjouit  des générations de ses descendants.

La peinture a fait l’objet d’une étude détaillée avant d’être restaurée et ce afin de lui déterminer un traitement de conservation-restauration adéquat.  Ci-dessous, vous trouverez une description très succincte de l’état de conservation et des traitements exécutés sur cette belle marine. Je tiens à remercier chaleureusement les propriétaires de ce petit bijou. Sans eux, je n’aurais pas eu la chance d’être d’une certaine manière si proche, à travers les âges, de ce grand peintre. Cela me touche énormément.

Etat de conservation

La peinture présente un réseau de craquelures d’âges dans le ciel. Le support toile est en bon état de conservation même si l’arrière n’est pas visible. En effet, le montage réalisé sur un panneau de bois et datant d’une restauration antérieure ne permet pas d’analyser l’arrière de la toile.

La surface picturale est en bon état excepté quelques zones qui présentent une usure (cf. photo ci-dessous). Le vernis est jauni et altère les couleurs d’origines.

Traitements

La peinture est dévernie. Cela nous permet de redécouvrir les couleurs d’origines. Petit à petit, les ombres et les lumières ont retrouvés leurs puissances et rendus les reliefs. On sait la place prépondérante qu’avait la lumière pour les peintres à l’époque de Courbet. Les artistes s’attachent surtout au rendu du plein air, en particulier aux effets des variations imperceptibles et constantes de la lumière sur les éléments. Le talent littéraire de Maupassant décrit si poétiquement l’importance de la couleur où il dit ne vivre que par les yeux et bénit cette faculté de perception.

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L’étape suivante de restauration consiste à retoucher les parties usées de la couche picturale. Ci-dessous la photographie illustre les zones d’usures qui sont entourées en rouge. Les retouches ont donc permis de faire disparaître cette dégradation qui apparaissait encore plus gênante pour l’œil après le dévernissage.

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Un vernis synthétique de type satiné est ensuite appliqué au tampon (ce terme désigne une technique particulière utilisée afin de ne pas trop charger la toile de vernis). Cette opération va permettre de rendre à l’œuvre une couche de protection nécessaire à sa conservation future et va aussi jouer un rôle esthétique important.

 

PHOTO AVANT/APRES

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